Arnaud Desjardins

le mental, par Arnaud Desjardins

Arnaud d

 

«L’expérience de l’humanité nous montre qu’un certain nombre d’êtres humains ont été rayonnants de bonheur dans des conditions qui apparaissent hostiles ou adverses, simplement parce qu’aucun conflit n’existait en eux. Leur monde et le monde coïncidaient et ils étaient aussi heureux dans l’abandon, la trahison, la souffrance et la maladie, que vous, vous l’êtes au bord d’une belle mer bleue et tiède sur une plage de sable propre, sous un soleil chaud, en vacances, quand tout se passe exactement comme vous voulez que tout se passe.

 

La différence entre celui qui vit dans le sommeil et celui qui est éveillé, celui qui vit dans l’ignorance et celui qui vit dans la connaissance, celui qui vit dans la prison et celui qui est libéré, est là. Et le véritable disciple d’un chemin, que ce soit le yoga, le vedanta, le christianisme, le bouddhisme ou que ce soit l’enseignement d’Héraclite, de Socrate ou de Marc-Aurèle, c’est celui qui a définitivement compris, avec son intelligence et avec son coeur, les vérités si simples que je viens d’exprimer. Il s’est attaché à cette tâche qui paraît peut-être surhumaine : je vais retourner la situation, je vais transformer mes mécanismes intérieurs, je vais dissiper, désagréger tout ce qui en moi refuse que ce qui est soit et exige ce qui n’est pas – jusqu’à ce que j’aie atteint le but. Bien sûr, vous aurez à lutter avec des mécanismes très complexes que les sciences humaines modernes redécouvrent, et que le yoga et le vedanta ont minutieusement étudiés autrefois. Vous aurez à voir d’abord que tout en vous se cabre et résiste à ce mouvement d’adhésion. Les peurs, les désirs, les demandes (vasanas) sont là, en vous, à l’état latent.

 

C’est un travail que chacun doit faire pour soi. Personne ne peut manger et digérer à votre place, personne ne peut respirer à votre place, personne ne peut épurer chitta pour vous et vous libérer de l’emprise des vasanas et des samskaras. On peut vous aider, on peut vous guider, on peut vous stimuler, mais le travail c’est vous qui devez le faire personnellement.


C’est à vous de voir, pour vous, la réalité de ces impressions et de ces demandes que vous portez en vous et qui se lèvent, qui se dressent, qui crient, qui parfois hurlent pour faire triompher votre monde sur le monde ou pour refuser le monde, et qui vous conduisent dans une voie sans issue.
Tant que ces empreintes et ces désirs sont actifs dans les profondeurs, vous ne serez jamais en paix. De deux façons. La première c’est que, quand vous êtes en contact avec l’extérieur, vous ne pouvez jamais être en prise simple, directe, immédiate avec cet extérieur. Vous serez toujours amenés à « penser » à propos de cet extérieur, à le vouloir quelque peu différent.

 

Le mental apparaît comme un écran entre l’extérieur et vous, comme si vous aviez sur les mains une paire de gants que vous n’enlevez jamais et qu’ensuite, avec ces mains gantées, vous essayiez de toucher du lisse, du rugueux, du granulé. Vous auriez toujours une seule impression, celle de vos gants. Votre mental vous emprisonne dans votre monde. Vous n’êtes même plus en contact avec la surface des phénomènes, comment voudriez-vous être en contact avec la profondeur ? De l’inconscient, monte et s’impose ce fonctionnement qui, une fois qu’il est devenu conscient, s’appelle manas, le mental.

 

D’autre part, si vous essayez de rentrer en vous-même, d’être silencieux, vide, immobile, pour découvrir la source même de la vie, la pure Conscience, vous serez assailli par les associations d’idées, les distractions, les envies de bouger et, même en vous acharnant pendant des années à méditer, vous ferez très peu de progrès. Si la source des agitations, des tensions mentales, émotionnelles et physiques a été tarie, la méditation devient un état naturel, aisé, spontané. Par conséquent, il ne faut pas s’étonner si le travail sur l’inconscient fait partie du célèbre yoga de Patanjali et il ne faut pas s’étonner non plus si le travail sur l’inconscient fait partie de l’adhyatma yoga de Swâmi Prajnanpad.»

 

Vasana : désir, demande, propension à agir, imprégnation dynamique tendant vers l'action.

Samskara : impressions latentes, résidus subconscients.

Chitta : l'inconscient

 

Arnaud Desjardins (Le vedanta et l'inconscient, chap.3)